Les électeurs du PS ont le plus buggé

Les votes électroniques annulés suite au bug permettent de mesurer le dévouement de l’électeur aux familles politiques. Numériquement, les socialistes récoltent près d’un quart des 2.250 « résignations » électroniques. Toutefois, proportionnellement, le cdH accuse le plus d’infidélités.

Contrairement aux communales allemandes, aux municipales françaises ou aux scrutins grand-ducaux, les élections en Belgique n’autorisent pas le panachage. Interdit de voter pour des candidats de listes distinctes, sous peine de nullité du bulletin.

Or, lors de triples élections simultanées comme celles du 25 mai, l’électeur a la possibilité de soutenir plusieurs partis différents. Selon les niveaux de pouvoir d’abord mais également selon les groupes linguistiques, si l’électeur s’exprime à Bruxelles ou en communauté germanophone.

En détaillant le nombre de bulletins annulés par formation politique, le rapport d’expertise permet d’estimer l’ampleur de la volatilité des votes. En effet, l’erreur informatique est survenue lorsque l’électeur a désélectionné la case de tête, le ou les candidats d’une liste qu’il avait choisis, pour ensuite émettre un autre vote. Les votants n’ont pas simplement visité les listes, ils ont annulé leur choix d’une manière que le logiciel n’avait manifestement pas prévue.

Explications du bug extraites du rapport © lachambre.be

Il est ainsi possible d’en déduire les partis les plus touchés par la résignation de l’électeur au niveau régional, fédéral ou européen. Malheureusement, ces données ne révèlent pas l’adresse finale du vote. L’on sait seulement que l’électeur se ravise pour ensuite porter son choix vers « une autre liste de numéro strictement inférieur à la liste préalablement choisie », mentionne le rapport du Collège d’experts chargés du contrôle du vote automatisé.

Par exemple, un bruxellois abandonnant son vote pour la liste n°6 du FDF a pu voter pour les écologistes flamands (liste n°2 de Groen), pour le Vlaamse Belang (n°3) ou le MR (n°1). Selon ces explications, le nombre de votes incorrects attribués aux libéraux francophones n’équivaut qu’ à des votes blancs.

Le Collège d’experts s’est naturellement gardé de collecter et distribuer les votes erronés en fonction des partis politiques. Tout au plus le rapport relève que ces votes étaient « plus nombreux pour l’élection du Parlement Européen que pour les autres scrutins ».

Vote de sanction des gouvernements ?

Nous avons dès lors compilé ces chiffres pour les partis francophones de masse critique, à savoir le PS, le MR, le cdH, Écolo, le FDF, le Parti populaire (PP) et le PTB. Il ressort de cette compilation qu’à eux seuls, ces partis ont récolté 1.471 votes invalides sur les 2.250 répertoriés par le ministère de l’Intérieur (65%). Notons dans la foulée que sur les 22 cantons touchés par l’erreur informatique, 15 se situent en Wallonie.

Soit le nombre de résignations par les partis francophones (voir données interactives)

Au niveau du parti politique, le PS enregistre le nombre le plus élevé de toutes les formations en lice: 533 résignations. Soit 23,7% de l’ensemble des bulletins annulés. Ce délaissement pourrait s’expliquer par le fait que les socialistes participent aux gouvernements fédéraux et régionaux. L’électeur désireux de sanctionner le parti d’Elio Di Rupo avait l’opportunité de voter, sans trop de conséquence, pour des représentants de l’opposition. À titre de comparaison, les libéraux francophones obtiennent 138 votes erronés (6% des annulations) et le PTB, la gauche radicale présentée comme alternative naturelle, 112 (4,9%).

Ce coup de sonde, ce nombre d’électeurs visiblement déçus par le PS prend cependant une toute autre dimension une fois ramené à la totalité des votes électroniques. Il convient de relativiser ces 533 renonciations compte tenu des 701.807 votes électroniques recueillis par les socialistes sur les cantons incriminés. Dit autrement, cela représente moins d’un vote sur mille (0,76 ‰).

On peut ainsi dire qu’au niveau des partis traditionnels, le cdH accuse près de 2 fois plus de faux bonds que les socialistes (1,42 ‰). Tandis qu’Écolo en subit proportionnellement 3 fois moins que les démocrates-humanistes, avec 111 bulletins erronés (0,44 ‰). Enfin, toutes proportions gardées, l’électorat du MR se montre le plus entier. Le parti de l’actuel informateur royal présente le « taux de résignation » le plus faible, à hauteur de 0,2 ‰.

Une Europe accessoire ?

En ce qui concerne le niveau pouvoir, près de 3 votes invalidés sur 5 interviennent dans le cadre des élections européennes (58,8%, 865 suffrages). La tendance s’y accentue pour humanistes et socialistes. Plus d’un bulletin annulé (=résignation) pour 1.000 votes électroniques adressés au PS, et près de 3 pour 1.000 au cdH.

Soit le nombre d’abandons sur les listes européennes (infogr.am)

À la différence de ces deux partis, le MR enregistre le plus petit nombre d’annulations européennes (0,41‰). On est alors tenté de penser que le mouvement réformateur profite d’un « effet people » grâce à la présence de Louis Michel ou Frédérique Ries. Que le cdH paie les frais de l’éviction de la très appréciée Anne Delvaux en tête de la liste européenne. Que Marie Arena, meneuse socialiste, n’attire pas les foules. Ou que les électeurs jugent simplement ces partis plus compétents pour la gestion des matières fédérales ou régionales belges.

En réalité, « cela se justifie principalement par le fait que l’Europe peut être considérée comme une élection secondaire », affirme Grégory Piet, politologue à l’Université de Liège (Ulg). « Les électeurs se sentant proches de plusieurs partis accordent volontiers leur faveur à celui qui n’est pas leur premier choix à l’échelle belge ».

C’est ainsi qu’Écolo connaît depuis les années ‘90 une augmentation de ses voix au niveau européen. Parmi les partis francophones étudiés, les verts affichent d’ailleurs le deuxième plus faible taux de renonciation, avec moins d’un vote incorrect pour 1.000 suffrages électroniques reçus (0,6‰).

En synthèse, les milliers de suffrages invalidés ne sont pas autant de clous dans le cercueil du vote électronique. Ce mémorable bug du 25 mai constitue un baromètre des convictions politiques, affichant le degré de loyauté de l’électeur à un parti. Il ne reste plus aux concepteurs du logiciel défectueux qu’à prendre l’avantage des récents événements. Qu’ils fassent donc la promotion de cette fonctionnalité: l’enregistrement de la variabilité d’un vote. Et qu’on lève le secret sur cette donnée. Une simple mise à jour de la légitimité de nos politiques.

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