Denis Mukwege: « les femmes sont l’avenir du Congo »

Denis Mukwege 5 xs

La République démocratique du Congo est depuis plus de vingt ans le théâtre de violents affrontements ethniques, politiques, économiques. Au milieu de ces ténèbres, une lueur d’espoir: un gynécologue devenu par la force du destin un chirurgien spécialisé dans la « réparation » des femmes, les premières victimes des conflits mais surtout les premières résistantes.

Denis Mukwege reste un sujet dont nous ne parlerons jamais assez. Jamais, tant que perdurent les atrocités en RDC. Le réalisateur Thierry Michel et la journaliste Colette Braeckman lui consacrent à ce propos un film envahissant, retraçant le parcours de cet enfant de Bukavu. Ce fils de pasteur protestant, prêcheur lui-même, parti étudier la gynécologie en France pour venir en aide à ses sœurs congolaises, exposées à des conditions de maternité déplorables. Quand elles parvenaient à rejoindre un hôpital, c’était « pratiquement pour que nous constations la mort », se souvient Denis Mukwege. « On était presque 35 gynécologues dans le service français. Alors quand j’imaginais qu’ici au Congo, il n’y a personne, je trouvais que c’était injuste de rester en France. Je sentais cette responsabilité ».

L’homme qui répare les femmes. La Colère d’Hippocrate exhibe sans fard la réalité de ces fillettes abusées dans le silence des champs du Sud-Kivu, de leurs mères torturées sexuellement par des soldats sans armée, de leurs pères assassinés pour le plaisir de dominer, de ces innombrables fosses communes dans un pays où « il faut tuer 1.000 personnes pour être nommé général »…

Mais les auteurs ne s’abandonnent pas au voyeurisme morbide d’une situation sans issue. La caméra met surtout en lumière la persévérance de ces femmes face à leur bourreau, une société congolaise à mille lieues de l’état de droit, qui s’accrochent à leur existence brisée, la reconstruisent, lui redonnent sens. Ces femmes qui ont investi le Dr Mukwege d’une mission impossible : changer les esprits, émanciper la communauté, renverser le pouvoir établi sur des morts évitables. Ce même régime qui avait poussé Mukwege à s’exiler en Belgique après une tentative d’attentat.

En 2012, le ministre congolais de la Santé l’avait gentiment prévenu à la veille d’un discours que le gynécologue devait tenir devant l’assemblée des Nations Unies. « Ne prenez pas la parole. Sinon, qui sait ce qu’il peut vous arriver. » L’avertissement avait eu l’effet recherché, Mukwege avait annulé son intervention, de peur de mettre en danger sa famille. Pourtant, de retour au pays, le docteur était attendu par un peloton d’exécution improvisé, qui par miracle a raté sa cible.

Fait marquant pour Mukwege, les femmes sans le sou de sa région natale se cotiseront alors, épargneront le moindre dollar produit par la vente de leurs fruits et légumes. Ces milliers de petites fourmis congolaises s’affaireront jusqu’à lui offrir un billet d’avion. Un appel à l’aide irréfutable.

Partout où nous passons, vous êtes l’exemple. Je me rappelle toujours que quand le Dr Mukwege était en exil, l’initiative est venue des femmes, de vous. C’est ce qui a fait que le docteur est rentré. Parce que c’est un homme intelligent, il pouvait rester travailler en Europe. Mais il s’est dit: à cause de ces femmes, je rentre
Thérèse Kulungu, responsable de la clinique juridique de Panzi

Denis Mukwege est effectivement rentré au pays et y a été accueilli comme un président africain, par des dizaines de casques bleus noyés dans une marée de femmes en liesse. C’est le retour de « papa Mukwege », leur « messie », leur « sauveur ».

Du massacre perpétré en toute impunité fin des années ’90 dans l’hôpital de Lemera, où des rebelles congolais et des militaires rwandais ont assassiné sans raisons les patients dans leurs lits, jusqu’au combat qu’il mène depuis quotidiennement dans son hôpital de Panzi, Denis Mukwege incarne l’espoir de ces femmes sur lesquelles reposent l’économie rurale du Congo, « l’avenir du pays » selon lui.

Et comme l’attestent dans ce film le surréalisme des procès (« comment la victime peut-elle crier avec un pénis dans la bouche ? »), le systématisme de la corruption (« contre 100 dollars, la police libère le violeur ») mais surtout la fureur de vivre des femmes congolaises, cet avenir a besoin de notre soutien. 

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