Le remède contre la peur de l’autre

raphaël glucksmann génération gueule de bois

Nous voilà brutalement extirpés de notre sommeil, nous qui étions bercés depuis novembre 1989 par les fables de la globalisation heureuse. « Rien ne nous a préparé au combat et pourtant nous devrons lutter », estime Raphaël Glucksmann.

Ce jeune essayiste a quitté la France à 20 ans, voulant « raconter le monde ». Stagiaire au Soir d’Algérie, il sera l’impuissant spectateur de fatwas contre des dizaines de journalistes et dessinateurs, tués par « les mêmes assassins que nos amis de Charlie ». Il perçoit pour la première fois le coût de la liberté.

Il part ensuite enquêter sur le génocide rwandais et adopte un angle singulier : les complicités de son pays. « Je découvrais que mon apathie citoyenne, l’indifférence de mon peuple, les failles de ma République pouvaient se traduire en fosses communes », confesse Glucksmann.

Le destin l’amène peu après dans l’Est de l’Europe pour couvrir l’invasion des troupes moscovites en Géorgie. C’est là que le déclic s’opère, lorsqu’au milieu de quelques autres reporters, il reçoit en pleine figure un viscéral « tas de pédés ! Rentrez chez vous baiser vos nègres. Ici c’est la Russie », éructé par le chef des troupes insurrectionnelles, le général Boritsov. Raphaël abandonne son matériel et décide d’agir plutôt que de témoigner : il s’en va trouver le président géorgien Mikheil Saakachvili en personne… et devient superviseur de l’intégration européenne du pays pendant cinq années.

Fort de son expérience, l’auteur de Génération gueule de bois nous exhorte à prendre part à la croisade contre les forces réactionnaires. Poutine, Al-Baghdadi, lepenistes, djihadistes, tout les oppose sauf une aversion pour l’époque qui nous a vus naître: la « Babylone globale ». Un monde où l’on riait des rois et des prophètes, où l’on ne produisait pas son arbre généalogique pour se présenter, où l’on forniquait sans culpabilité…

Cette liberté fantasmée s’est transformée en cauchemar sous les chenilles des tanks russes en Ukraine, à chaque tête tombée en Irak sous le couperet d’un État se réclamant de l’Islam, en plein cœur d’une rédaction satyrique à Paris. Les idéologies du repli, la fièvre identitaire rongent notre vivre ensemble dont « les Juifs sont, bien malgré eux, devenus la jauge au cours des siècles ».

L’heure est venue de lutter, de transformer notre humanisme fainéant, nos paresseuses intuitions mondialistes en projet de société ouverte. « Il faut croire ou se taire car les partisans d’un incroyable retour en arrière remplissent le vide laissé par nos trop longs silences », assure Glucksmann.

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  • Raphaël Glucksmann : Génération gueule de bois, manuel de lutte contre les réacs, 169p (Allary Éditions)

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