31 milliards de dollars de Treasuries achetés à un dealer bruxellois

Obama Di Rupo Roi Philippe

Le rôle de créancier des Etats-Unis joué par notre pays a encore gonflé de façon tapageuse. Si l’explication technique, la conservation de titres par Euroclear à Bruxelles, est désormais largement connue, l’identité de l’acheteur demeure un mystère…

Pour le deuxième mois d’affilée, la Belgique occupe la troisième place mondiale au classement des détenteurs d’obligations du Trésor américain, du haut de ses 341,2 milliards de dollars renseignés par les statistiques de Washington. Du 1er au 28 février 2014, le volume de Treasury bonds détenu sur des comptes belges a même bondi de 30,9 milliards de dollars. Dans l’absolu, la position belge couvre à elle seule plus de 68% de l’excédent des flux de capitaux étrangers investis à long terme dans les titres américains.

Impossible, s’écrieront de nouveau certains de nos internautes. Il convient d’emblée d’observer cette position belge en termes géographiques. La Banque nationale de Belgique n’a pas investi en février 31 milliards de dollars dans de la dette US. On connaît la rengaine du dépositaire central de titres, râleront d’autres lecteurs, rappelant que nos colonnes ont déjà longuement abordé le sujet. L’augmentation des volumes attribués à la Belgique signifie, en gros, que le business d’Euroclear se porte bien.

Mais tout cela ne permet toujours pas de dévoiler l’identité de l’institution qui achète toute cette dette américaine via le comptoir belge. Les spéculations ne manquent pas. La Chine pourrait « désaméricaniser » ses investissements sur la place publique, tout en rachetant des actifs US sous le manteau à Bruxelles.

La Russie pourrait rapatrier ses titres conservés jusque-là aux Etats-Unis pour éviter un gel sur le territoire américain si la situation en Ukraine venait à s’aggraver, comme nous avaient rapporté certaines sources de marché (lire à ce sujet: la Russie met son argent à l’abri en Belgique).

Bref, des supputations…

Il est difficile de fournir un portrait-robot détaillé du ou des clients responsables de cette fièvre acheteuse. Alors la presse financière suit toutes les pistes.

La plus probable s’avère elle aussi éloignée des thèses de la finance occulte. Conséquence des crises financières et de la zone euro, les intervenants de marché se sont rabattus sur les dettes gouvernementales les mieux notées et collatéralisées (assurées par les revenus d’un actif associé).

Fort des 24.000 milliards d’euros d’actifs conservés, Euroclear permet aux pontes de l’investissement de déplacer facilement leurs obligations mais a aussi déployé « l’autoroute du collatéral », d’imposants services de gestion à l’échelle mondiale du collatéral, réputés pour leur efficience et leur « bas coût » de fonctionnement.

Ajoutez à cela que les bons du Trésor américain sont les actifs les plus couramment utilisés comme collatéraux. Ce faisceau de présomption ne permet que d’affiner le profil recherché du ou des « clients du dealer belge de Treasuries ».

Dans l’attente des prochaines statistiques, les recherches se poursuivent…

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*Remarque
Ce billet est une réédition de mon article initialement publié sur le site de L’Echo le 15 avril 2014. En ce mois d’avril 2015, le département du Trésor américain n’attribue plus à la Belgique « que » 228,9 milliards de dollars. Cela représente une diminution des volumes de 33% en l’espace de douze mois.

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