Une politique d’expulsion des migrants séropositifs

Un durcissement progressif des conditions exclurait des soins une grande part des demandeurs de séjour. La prise en charge des migrants séropositifs poserait particulièrement problème. Si bien que notre politique migratoire nuit à la lutte contre le sida, dénoncent plusieurs associations parmi lesquelles Médecins du monde.

Le secteur associatif s’inquiète de la dérive de notre politique d’accueil. Le gouvernement Di Rupo avait instauré en février 2012 une procédure de « filtre médical ». Depuis, les demandes de régularisation pour raisons médicales ne sont plus accordées qu’aux demandeurs dont la vie est menacée à court terme par la maladie. Avec pour effet pervers que la loi ne protège plus les migrants séropositifs, déplore un collectif réunissant entre autres Médecins du Monde et Plateforme Prévention Sida.

Cette situation se serait même aggravée depuis l’arrivée de Theo Francken. Plusieurs médecins spécialisés dans la prise en charge du VIH/sida constatent les dégâts sur leurs patients de la politique d’expulsion menée actuellement. Elle empêcherait l’accès aux soins et traitements pour une grande part des demandeurs de séjour séropositifs. Alors que rien ne garantit que ces personnes expulsées soient correctement suivies à l’étranger. Sans parler des discriminations liées à leur statut, notent les associations.

Le sida, une banalité ?

À travers ce dossier, les acteurs de terrain veulent attirer l’attention sur une certaine banalisation du sida. « Admettre que les demandeurs porteurs du VIH ne sont plus considérés comme admissibles alors que les soins ne seront pas assurés dans leur pays d’origine, cela revient à dire que le sida n’est plus considéré comme une maladie mortelle ».

Constat d’autant plus regrettable que l’on sait que la mise sous traitement antirétroviral est l’une des clés de la maîtrise de l’épidémie. Traitement qui, combiné à la prévention et au dépistage, laisse entrevoir à l’Onusida l’éradication de la maladie dans quelques décennies.

Notons par ailleurs que la question des régularisations médicales a été abordée non pas sous l’angle sanitaire mais sous celui de la fraude. Dans sa note d’orientation politique, Theo Francken avait annoncé un renforcement de la lutte contre les faux certificats médicaux. Tandis que le corps médical avait insisté sur les dysfonctionnements de la procédure, le médecin de l’Office des étrangers fondant son avis sur le seul dossier administratif, sans jamais avoir rencontré le patient.

La Commission de l’intérieur à la Chambre avait à cet égard recommandé au gouvernement de prendre des mesures garantissant notamment que les médecins conseils établissent un diagnostic sur base d’une consultation.

Aucune réforme

Réagissant dernièrement sur le sujet dans les colonnes de La Libre (malgré nos demandes répétées, il n’a pas été possible d’avoir son éclairage avant parution de l’article, ce qui est regrettable étant donné l’enjeu), le secrétaire d’État a tenu à rafraîchir la mémoire à certains : « tous les partis de gauche comme de droite ont voté en faveur d’un filtre médical car il y avait énormément d’abus. Aujourd’hui, je fais confiance aux médecins qui travaillent avec l’Office. Je veux bien admettre que de rares erreurs humaines puissent se produire, mais pas de manière structurelle, et c’est en ce sens que je n’envisage aucune réforme structurelle », assure Theo Francken.

« Sous prétexte de mettre un terme à certains abus, le gouvernement se rend complice du décès de personnes séropositives et nuit durablement aux efforts en matière de lutte contre le sida », jugent les représentants associatifs. Ces derniers demandent formellement que tout migrant séropositif demandeur de séjour bénéficie d’une régularisation et d’une mise sous traitement.

En perdant l’accès aux traitements, ces migrants augmentent les risques de contamination. L’entrée en clandestinité présente des enjeux sanitaires importants qui, au-delà du droit de chacun à être soigné, pose la question de la santé publique.

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Article paru dans Le Journal du médecin, N°2409, 5 juin 2015, p.10

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