Selon Washington, chaque Belge possède 12.000 euros de dette… américaine

 

La Belgique détient plus de 155 milliards de dollars en bons du Trésor américain, à en croire les données publiées ce mois-ci par les argentiers des États-Unis. Cela représenterait près de 14.000 dollars d’obligations US par habitant belge. Erreur de calcul ou révélation statistique ? Voici une fiche pratique.

Dans l’inventaire mensuel des principaux créanciers publié en septembre, l’U.S. Department of the Treasury indique que le portefeuille obligataire belge pèse 155,4 milliards de dollars. Notre petit royaume détiendrait ainsi plus de titres à lui seul que la France (49 milliards) et l’Allemagne (80) réunies. La Belgique se positionne ainsi au 12è rang mondial des prêteurs.

Plus hallucinant encore pour l’homme de la rue, cela représenterait plus de 13.875 dollars (ou 12.245 euros) d’obligations US par habitant belge. Sans compter que ce montant attribué à la Belgique a dégringolé de 50 milliards de dollars en l’espace d’un tout petit mois. Seulement voilà, comme disait le célèbre écrivain français Edmond de Goncourt, la statistique est la première des sciences inexactes. Décryptage des précautions d’usage.

Problème d’identification

Chaque mois, l’équivalent américain de notre agence de la dette publie un rapport nommé TIC, pour Treasury International Capital. Le classement des principaux détenteurs internationaux de dette américaine. Si ces statistiques offrent une idée de grandeur des portefeuilles d’obligations US détenus par d’autres pays, elles ne délivrent pas de montants précis. Tirer des conclusions à l’égard des flux d’investissements qui y sont repris s’avère dès lors assez périlleux.

Ce palmarès ne fournit que des estimations basées sur les déclarations des conservateurs des titres. Ainsi, lorsqu’un investisseur achète des bons du Trésor via un intermédiaire financier non-américain ou s’assure du bon déroulement de l’échange via un prestataire de services post-marché siégeant dans un pays autre que les États-Unis, ce rapport TIC ne reflète pas la nationalité du détenteur final.

« L’attribution nationale des positions en obligations américaines est imparfaite », avertit d’ailleurs le département de Washington, « parce que certains détenteurs confient la garde de leurs titres à des organismes qui ne sont présents ni aux États-Unis, ni dans leur pays de résidence ».

Un investisseur russe peut très bien acheter de la dette US par l’entremise d’un broker panaméen ou la laisser sur un compte de dépôt d’une banque des Bahamas. Dans le rapport mensuel des trésoriers américains, cette détention sera portée à l’actif des Caraïbes plutôt que de la Russie.

C’est ce que le Département du Trésor nomme selon les circonstances « biais de transaction » ou « biais de détention ». La position de la Belgique en sert de parfaite illustration.

27 fois supérieurs aux montants réels

Le département du Trésor avoue justement que le montant astronomique d’obligations US attribué à notre pays est biaisé. Mais il l’explique par « l’aspect névralgique de la Belgique, sa concentration en institutions financières, au même titre que le Luxembourg, la Suisse ou le Royaume-Uni ».

Les chiffres de la Belgique sont ainsi gonflés par la présence notamment sur notre territoire de la société leader des services financiers, Euroclear. Le Trésor américain surévalue nos avoirs en considérant comme des investissements de résidents belges la conservation des titres par Euroclear. Alors que, idéalement, le rapport TIC devrait prendre en compte la nationalité des clients d’Euroclear. Clients qui peuvent être autant belges qu’allemands ou… chinois.

« La plupart des titres gérés par cette institution concernent des non-résidents. Le même phénomène de surestimation est observé au Luxembourg en raison de la présence de Cedel », une autre société de clearing, remarque-t-on à la Banque Nationale de Belgique (BNB).

C’est que nos avoirs se montrent nettement plus modestes que ce que prétendent les trésoriers de Washington. Si l’on jette un œil dans le rapport annuel de la BNB, la détention de titres en dollars oscille entre 4 et 6 milliards de dollars.

Soit entre 348 et 522 dollars par résident belge, contre les 13.875 dollars prétendus par le Treasury International Capital. Au taux de change actuel, c’est comme si chaque Belge détenait en fait de 307 à 462 euros de dette américaine.

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♦ Précédemment dans « Belgium, l’improbable créancier de l’Oncle Sam » :

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⌈ Mise à jour de mon article initialement paru sur le site de L’Echo le 6 mars 2014 ⌋

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