Déjà médecin traitant à 21 ans

Non, il ne s’agit pas d’un record farfelu extrait du Guiness Book 2015 mais d’un projet intéressant lancé cette année par la faculté de médecine de l’ULB. Les nouveaux étudiants de master y auront désormais la responsabilité d’un patient en qualité de médecin traitant jusqu’à la fin de leur cursus. L’opportunité pour eux de sortir le nez des syllabus et de quitter l’espace impersonnel et les contacts aseptisés de l’hôpital.

La médecine générale occupe décidément une place d’honneur à l’Université Libre de Bruxelles. Après avoir promu, pour la première fois dans une université francophone, un généraliste à la tête de sa faculté de médecine, le corps académique a chamboulé le programme d’apprentissage. En plus des deux stages obligatoires en médecine générale, un nouveau défi est lancé cette année à la toute première génération d’étudiants en 6 ans qui entament leur master. « Dans notre enseignement, les futurs médecins sont souvent exposés à des cas aigus, ils ne côtoient le patient qu’à l’hôpital, disons trois ou cinq jours, sans véritable continuité. L’idée est de les familiariser aux réalités de la première ligne », s’enthousiasme le nouveau doyen, le Pr Marco Schetgen.

Le patient cas d’école

En pratique, ce projet s’adresse aux étudiants qui font leur tout premier stage de médecine générale, pendant les vacances entre leur bachelier et leur master. Ils doivent choisir dans la patientèle de leur maître de stage un cas qui présente au moins trois problèmes médicaux à consonance chronique. Ce patient, qui doit bénéficier à première vue d’une espérance de vie de plus de trois ans, devient alors leur patient jusqu’à l’obtention de leur diplôme.

« C’est par exemple un patient avec un diabète, une BPCO ou une maladie de Crohn. Cela peut aussi être plus social, comme une dépression un peu chronique. Ce n’est pas obligatoirement du physique pur mais des contraintes qui durent dans le temps », détaille le doyen.

Au rang des joyeusetés, l’étudiant propulsé médecin traitant aura également le loisir de s’initier à la bureaucratie de la profession étant donné qu’il devra tenir à jour un dossier médical informatisé. Dans ce DMI créé spécialement pour l’occasion, l’étudiant devra réaliser un certain nombre d’échelles de santé permettant de voir comment évolue finalement sur trois ans un patient suivi de façon régulière. Au rythme facilement soutenable d’une rencontre minimum… par an.

Sur le plan plus matériel, on peut logiquement se demander où le médecin traitant improvisé recevra son fameux patient. « La plupart du temps chez le maître de stage, nous avons laissé le champ relativement libre pour l’organisation. L’étudiant-médecin peut aussi rencontrer le patient chez lui, comme dans le cadre d’une visite à domicile. D’autres ont demandé à leur maître d’utiliser leur cabinet et beaucoup ont dit oui. Ils s’arrangent en triangulaire », poursuit le Dr Schetgen.

La théorie de l’évolution

Face au patient, l’étudiant est directement responsabilisé, sans filtre, sans interface, sans contrôleur omniprésents. Le département de médecine générale de l’ULB a néanmoins confié le projet à une personne ressource, le Dr Vinciane Bellefontaine. « Elle assure le suivi des étudiants à chaque fois qu’ils ont des questions, des problèmes ou ont besoin d’explications complémentaires. Elle vérifie par ailleurs si les critères d’évaluation sont remplis et s’ils le sont au bon moment », précise le doyen.

Quant au déroulement académique des travaux, le programme prévoit une série de séminaires d’ici la fin du cursus, au bout du master 3. Ces séminaires devront faire le point sur la manière dont les étudiants ont pu vivre cet aspect d’évolution de leur patient mais surtout de voir ce que cela apporte de suivre un patient avec périodicité, ce que cela peut détecter, corriger, améliorer au niveau diagnostic ou thérapeutique.

« Chacun aura un rapport à produire à la fin. On verra d’abord comment ils ont rempli les critères, les différents interrogatoires sur base des qualités de vie, puis un rapport de synthèse, et des séminaires par petits groupes. L’ensemble sera une note de synthèse », résume le nouveau doyen.

Susciter des vocations

A l’heure où les départs à la retraite de nos médecins de famille s’annoncent particulièrement difficiles à compenser, avec seulement 28% des actifs âgés de moins de 45 ans, ce nouveau projet de l’ULB pourrait peut-être éveiller l’intérêt des futurs diplômés et tenter d’assurer la relève. « Le retour que nous avons des stages est extrêmement positif. Les étudiants ont eu un stage de sémiologie et un stage infirmier, mais c’est la première fois qu’ils voient des diagnostics, des thérapeutiques du matin au soir, des prises en charge psychologiques, ils ouvrent de grands yeux sur la pratique », sourit Marco Schetgen.

Bon nombre de maîtres de stage expliquent d’ailleurs qu’après 15 jours, les étudiants en redemandent et s’arrangent pour rester encore une semaine de plus. « C’est assez logique quand vous avez 21 ans, vous n’avez pas encore vu beaucoup la pathologie, vous découvrez le monde de la médecine », conclut sur une pointe de romantisme professionnel le généraliste devenu doyen.

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⌈ Réédition de mon article paru dans Le Journal du médecin du 18 septembre 2015 ⌋

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