« On ne défend plus suffisamment les soins de santé »

En l’absence de séance plénière cette semaine, Laurette Onkelinx a eu l’occasion de se pencher sur la gestion actuelle du ministère de la Santé. La présidente du groupe PS à la Chambre éprouve une certaine incompréhension face au travail mené par celle qui lui a repris les rênes. Entretien.

Remise en cause du Plan Garde, du Plan VIH, de l’attribution de numéros Inami… Alors que vous aviez poursuivi sur la lancée de votre prédécesseur, depuis Maggie De Block, un rouage semble avoir sauté dans la mécanique de la Santé publique ?

Laurette Onkelinx: Exactement. Il y a, sinon une rupture, un autre chemin qui est emprunté. Nous avions par exemple réussi avec tous les parlementaires et les professionnels du nord et du sud du pays, à faire reconnaître la psychothérapie. Et là aussi, elle remet en cause. Le Plan sida, le Plan Garde au profit des généralistes, elle remet en cause. Même le lancement de la réforme du financement hospitalier marque un temps d’arrêt.

Sans oublier la saga budgétaire pour 2016, avec le rejet rarissime en Conseil général de l’Inami. Lorsqu’on voit les restrictions imposées dans un climat de tensions, qu’est-il arrivé à vos budgets de santé que vous qualifiez de « rigoureux mais sociaux » ?

Il faut être ferme, surtout quand on est ministre de la Santé. Parce que, comme c’est le premier grand poste de la sécurité sociale, tous les autres ministres, le ministre du budget le premier, ont les yeux rivés sur votre budget, tout en disant qu’il faut des économies. C’est un domaine qui en nécessite toujours mais normalement c’est pour réinjecter ailleurs. Nous avions toujours dû faire ça. Notamment dans l’innovation, les nouvelles techniques, les nouveaux appareillages…

Une tâche plus aisée avec une norme de croissance confortable comme celle dont vous disposiez ?

C’est vrai. Nous avions eu 4,5%. Impossible à maintenir à long terme. C’était doucement devenu une norme plus modeste, mais nous avions continué à mener des investissements, pour les médecins notamment, avec l’indexation transformée en bonus divers. Alors que maintenant la dotation est au plus bas et il n’y a plus d’indexation.

Nous assistons à une banalisation de la santé, devenue un poste de dépenses comparable à tout autre ?

La santé n’est plus considérée comme une compétence d’excellence, comme moi je la considérais. Je ne veux pas tomber dans la caricature mais on ne défend plus suffisamment les soins de santé comme étant une des compétences les plus importantes pour nos concitoyens. Au niveau de la santé, il faut se battre.

Cette approche purement financière de la santé ne correspond pas à vos valeurs plus social(ist)es?

On ne sait pas gérer un secteur comme les soins de santé sans une régulation forte et une forte solidarité. Sinon, on ne sait pas offrir un système qui permet à tout le monde de se faire soigner de manière excellente. Par rapport aux autres pays, il y a peu, je ne peux pas dire que cela n’existe pas, de médecine à deux vitesses.

Pour l’instant…

(sourire) Si on remet en cause ce système très solidaire où on se bat pour avoir des moyens à la hauteur du défi, on risque de dénaturer le système et de ne plus avoir cette particularité presque mondiale de qualité accessible à tous.

Une accessibilité cruellement d’actualité lorsqu’on pense aux postes de garde ?

Cruellement oui. Je ne comprends pas ces économies-là. Les médecins généralistes ont besoin d’être soutenus. Ils pleurent à cor et à cris sur la difficulté de leur métier, sur la lourdeur des gardes. Avec mon cabinet, à l’époque, nous avions initié le triage des appels via le numéro 1733 et surtout avions obtenu des budgets pour créer 45 PMG en trois ans. Et une partie de ces postes se sont ouverts.

La problématique aiguë des numéros Inami et l’attente d’un cadastre véritablement dynamique viennent alors s’ajouter à une longue liste de mesures de l’actuelle ministre que vous ne comprenez pas ?

Sur le cadastre en tant que tel, Madame De Block poursuit ce que nous avions élaboré avec l’Inami. Il y avait tout un travail prévu, avec toute une série de croisement de données. Elle poursuit ce travail et c’est nécessaire.

Par contre, en parlant de politiques de rupture ou en tout cas pour lesquelles elle adopte un tout autre comportement, la saga des numéros Inami est un bon exemple. Tous les constats sont tout à fait clairs en matière de pénurie actuelle et annoncée de médecins dans beaucoup de spécialités. J’ai l’impression, et ce n’est qu’une voix parmi d’autres, qu’on fait beaucoup trop de communautaire dans cette histoire.

À l’époque, j’avais réussi à avoir un accord du gouvernement fédéral dont elle faisait partie. Maintenant, sa politique est beaucoup plus communautaire.

Était-ce pour autant bien réaliste de vous engagez à délivrer à l’horizon 2020 un numéro à tous les étudiants engagés dans le cursus ?

Oui, en associant en même temps la délivrance à un filtre, dont on a bien besoin. Une politique de santé, même si elle est fédérale, régulée et solidiaire, peut accepter des différences de pratique entre nord et sud. Si cela vient du terrain, cette différence est une richesse. En matière de filtre dans les études de médecine et de sciences dentaires, c’est vrai que la pratique diffère en Communauté française et en Communauté flamande, mais pourquoi ne pas l’accepter, plutôt que de vouloir imposer un modèle unique. Qu’est-ce que la ministre offre comme perspective par rapport à cette pénurie annoncée. Je ne vois pas…

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〉〉〉 Entretien paru dans le Journal du médecin N°2426 du vendredi 3 novembre 2015, p.17

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