3.700 médecins en trop d’ici cinq ans

Nos universités continuent de diplômer des médecins en surnombre. Les étudiants promus en 2014 étaient près de 200 à déborder des quotas fédéraux. Tandis qu’à l’horizon 2020, l’excédent accumulé ses dernières années sera vingt fois plus important, ressort-il du dernier rapport de planification du SPF Santé. Alimentés surtout par la Fédération Wallonie-Bruxelles, ces dépassements semblent désormais impossibles à résorber sans nouvelle mesure politique plus contraignante.

En scénario catastrophe aux traits grossis par des associations étudiantes inquiètes ? Loin de là. Les chiffres proviennent de l’administration fédérale. Dans son dernier rapport annuel, la Commission de planification de l’offre médicale indique que nos facultés de médecine ont produit 169 diplômés en trop par rapport aux quotas fixés pour 2014 (à savoir 1.025).

La Communauté flamande a visiblement maîtrisé ses excès l’année dernière. Les facultés y ont formé 672 médecins dans un cadre limité à 615 unités, soit 57 diplômés en trop. De leur côté, les universités francophones en ont produit 522 malgré un rationnement établi à 410, soit 112 médecins excédentaires.

Or, cette situation de dépassement existe depuis de longues années. Les données de 2014 viennent ainsi s’accumuler. Depuis 2004, la Belgique a diplômé 294 médecins de plus que prévu par le contingentement des autorités sanitaires.

Pertes et profits ?

Rappelons d’emblée que cela ne signifie pas que l’exercice de la médecine curative a été automatiquement interdit à ces centaines d’étudiants qui avaient mené à bien un éprouvant cursus. La restriction de l’accès à la profession est présentée comme souple au travers de la méthode de lissage. Les facultés de médecine peuvent ainsi reporter le surplus sur les quotas des années suivantes. Dans l’espoir que ces diplômés de trop viennent combler d’éventuels déficits.

La technique du lissage se veut complexe, pour ne pas dire insidieuse, puisqu’elle consiste à agir sur le nombre d’étudiants admis des années plus tôt dans l’incertitude totale quant à leur réussite. Sans oublier que ce lissage visant à équilibrer l’offre médicale n’est permis que jusqu’en 2018, année dite de la double cohorte. La durée des études de médecine ayant été réduite à 6 ans en 2012, deux promotions obtiendront alors leur diplôme de base, ce qui a amené le Fédéral a doublé ses quotas en 2018.

À ce sujet, la Commission de planification n’aborde pas dans son analyse la menace brandie fin 2014 par les doyens de médecine francophones. Après avoir entamé la réserve des numéros Inami pour 2018, ces derniers se disaient contraints de ne pas délivrer en 2015 près de 50% des précieuses attestations, de peur de se retrouver sans pour une promotion entière.

Voilà en tout cas les raisons pour lesquelles le SPF Santé se montre attentif dans ce rapport annuel au nombre attendu de diplômés aux alentours de 2018 et, par là, au nombre de dépassements pour les années suivantes.

Menace imminente ?

Comme pour toute planification, des précautions d’usage s’imposent. La Commission extrapole les résultats de 2015 à 2020 sans tenir compte par exemple des mandats de recherche scientifique, des abandons ou des décès. La fluctuation de ces facteurs pour les exercices antérieurs ne permettait pas d’approximation fiable. Les dépassements réels devraient en conséquence être plus faibles que ceux projetés, notent les rapporteurs.

D’autant plus que ce scénario prédictif ne s’appuie pas sur les « données améliorées » obtenues grâce au couplage des différentes bases de la sécurité sociale dans le fameux cadastre des médecins actifs, publié en mai dernier comme demandé par la ministre de la Santé Maggie De Block. Et le rapport n’intègre évidemment pas les effets de la sélection instaurée en fin de bac1 par le ministre de l’Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt, qui n’entrera en vigueur qu’à l’été 2016.

À partir des informations fournies par le Collège des doyens des facultés de médecine, le SPF Santé estime que le nombre de diplômés surnuméraires restera maîtrisé l’année prochaine, autour des 150 médecins dépassant les quotas nationaux. Abstraction faite du « filtre Marcourt », cet excédent gonflera de 200% entre 2016 (376) et 2017 (470), et s’emballera très probablement en 2018, à 902 diplômés… intégralement formés en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Encore faut-il ajouter à ces volumes le trop plein des années précédentes. A paramètres inchangés, cela représentera 2.195 médecins en surnombre d’ici 2018. Et malgré le ralentissement de l’augmentation prévu à partir de cette année, la Commission de planification pense que les universités diplômeront 2.909 médecins de trop en 2019 et quelque 3.721 en 2020.

Responsabilité politique

Les prévisionnistes du SPF Santé en concluent qu’à l’horizon 2018, le nombre total de diplômés en Communauté flamande sera « fort proche du total des quotas annuels ». Démontrant ainsi l’efficacité de l’examen d’entrée mis en place depuis 1997.

Pour les médecins francophones, la situation s’annonce « fortement problématique», indiquent les rapporteurs sur le ton de l’euphémisme. Avant d’insister sur le fait que « sans nouvelle mesure, il sera difficile d’équilibrer un surplus cumulé avoisinant 1.000 médecins » par an.

La Commission souligne que le seul système ayant réussi à contenir les dépassements de quotas francophones était celui mis en place entre 1997 et 2002. Il s’agissait d’une sélection en fin de troisième année d’études.

Le rapport semble plaider, sans le formuler explicitement, pour une approche plus contraignante de l’accès aux études de médecine en Fédération Wallonie-Bruxelles. Surtout que, que l’on soit pour ou contre un examen d’entrée à la Flamande, les dépassements n’aident pas à résorber le déficit de certaines spécialités, dont l’exemple le plus criant est celui des médecins généralistes.

Même si la médecine générale attire de plus en plus de diplômés depuis quelques années, sous l’impulsion d’universités plus sensibles à la discipline jusque-là snobée, le nombre minimal de médecins débutant la formation reste globalement déficitaire. En 2014, le déficit cumulé s’élevait à 302 praticiens. « Un niveau restant préoccupant », ponctue la Commission de planification.

La succession chaque année de rapports, où le côté alarmiste des enseignements semble enfler, devrait pousser les décideurs politiques à agir avant de devoir réagir, trop tard, face à des centaines de « médecins empêchés ». Ou dit autrement, enfin structurer l’offre médicale en fonction des besoins et non plus des pénuries programmées.

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