Un seul labo pour cinq grands hôpitaux

Le CHU Saint-Pierre, l’Institut Bordet, l’Hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola (Huderf), le CHU Brugmann et Erasme ont décidé de fusionner leurs laboratoires de biologie clinique.Les institutions se partageront « sous peu » une seule et même plateforme.La principale motivation étant de faire face à une conjoncture éprouvante. Quant au personnel, la restructuration n’inquiète pas les membres du réseau Iris mais remettrait en question l’emploi de 50 personnes de l’hôpital académique d’Anderlecht.

Nos hôpitaux s’apparentent à des milieux de culture où germent toutes sortes de rumeurs. Même si les directions accordent un soin particulier à la communication interne, des propos ou projets clairement établis en arrivent à susciter doutes, craintes, polémiques. C’est ainsi que des médecins se sont récemment inquiétés d’une possible association entre l’Iris-Lab, le labo de biologie clinique déjà commun aux Hôpitaux Iris Sud, Brugmann, Bordet, Saint-Pierre et Huderf, et le labo de l’hôpital Erasme.

Certaines voix n’ont pas manqué de souligner le côté « hallucinant » de ce regroupement, ne parvenant pas à imaginer ces hôpitaux sans labo digne de ce nom. Sans compter le retard induit par les trajets du point de prélèvement au point d’analyse.

Après avoir interrogé les différents gestionnaires, les on-dit ont rapidement laissé place à un plan de réorganisation d’envergure. Il s’agit en fait d’une toute nouvelle plateforme qui concentrera « très bientôt » environ 70% des activités de routine des partenaires, en chimie et microbiologie mais aussi avec des techniques plus spécialisées.

Ce plateau central a été construit sur le campus du CHU Saint-Pierre. Trois autres laboratoires dits « de site » viennent appuyer l’infrastructure en périphérie, l’un au sein de l’hôpital anderlechtois de l’ULB, les autres sur les sites Horta et Brien du CHU Brugmann. Ces satellites répondront aux besoins locaux « plus urgents ».

Le tout est regroupé sous l’enseigne LHUB, pour Laboratoire hospitalier universitaire de Bruxelles. Il s’agit du premier projet rapprochant Erasme des quatre hôpitaux du CHU Bruxelles.

Opportunités médicales et académiques

L’objectif principal de cette nouvelle structure consiste à « faire face ». Aux restrictions budgétaires fréquemment imposées par les gouvernements successifs, à la réforme prévue par la ministre De Block qui liera le financement aux dynamiques de collaboration en réseaux, à l’environnement férocement concurrentiel de la région bruxelloise.

« Cette fusion ne constitue pas seulement une stratégie d’économies d’échelle, elle nourrit également des ambitions de qualité, d’excellence et de recherche », nous fait savoir le Dr Dominique Willems, l’une des deux directeurs médicaux associés du LHUB.

Il convient de ne pas oublier qu’on parle ici d’un laboratoire médical universitaire qui s’impose d’emblée des missions cliniques bien sûr, en fournissant un large panel d’analyses de qualité dédiées à la prévention des maladies, leur diagnostic, leur pronostic ou à leur traitement. Mais en s’engageant davantage encore dans la recherche et l’enseignement, en rassemblant ses ressources pour atteindre une masse critique, le « labo de Bruxelles » souhaite créer un pôle d’attractivité pour de nouveaux collaborateurs, hospitaliers ou non, pour s’offrir un levier dans l’obtention de nouvelles accréditations. On parle par exemple de l’hémophilie dès l’année prochaine.

« Faire un plan uniquement financier n’aurait eu aucun sens pour moi, car un labo qui n’investit pas s’enferme dans le court terme. Or, nous avons un plan médical constructif, clairement positif. Comme il est en cours d’élaboration, cela génère toutes sortes de questions, c’est bien normal », le Pr Olivier Vandenberg, le second directeur médical.

Efficacité

Près de 20 millions d’analyses devraient être réalisées à terme au LHUB. Quant au ralentissement que risque d’imposer aux résultats le transport d’un hôpital à l’autre, « il n’y aura pas d’impact sur les traitements », nous assure-t-on à Brugmann. « Les prélèvements urgents des patients hospitalisés restent sur les sites périphériques. Par ailleurs, il y a désormais sur le site Porte de Hal, une des plus grandes chaînes de bactériologie automatisées d’Europe qui permet une réponse significativement plus rapide ». Ce dont doutent certains microbiologistes.

« Oui, cela fait partie des points critiques à surveiller. Au niveau de la chaîne préanalytique, il y a plusieurs étapes clés, dont l’acheminement vers le centre de tri du laboratoire de site. Il arrive déjà au sein d’une même institution, en intra-site, d’avoir de gros délais. Mais nous avons quand même une longue expérience relative à l’envoi d’échantillons, depuis le rapprochement entre les labos de Saint-Pierre et Brugmann. Puis des indicateurs qualité existent et d’autres seront mis en place », remet en perspectives le Pr Vandenberg.

Aucun licenciement

Les services de biologie moléculaire et la microbiologie de Saint-Pierre et de Brugmann ont déjà établi leurs quartiers depuis novembre dans le labo central flambant neuf. Les membres restants devraient poursuivre la transhumance pour être idéalement au complet dans le courant du mois prochain. Mais la date de la pendaison de crémaillère officielle n’est pas encore connue.

Comme dans toute fusion de structures, des bruits courent quant à d’éventuelles pertes d’emploi. Rien au niveau d’Iris-Lab. « Sur ce point, nous sommes sur les rails du précédent plan médical de 2012-2013. L’arrivée du nouveau partenaire, à savoir Erasme, a complexifié l’organisation. C’est là-dessus que nous ne pouvons pas nous positionner en termes de cadre technique nécessaire car nous n’avons pas encore finalisé les détails », précise le Pr Olivier Vandenberg.

Des médecins du réseau ont évoqué des difficultés financières rencontrées par Erasme, dont le labo occuperait trop de médecins par rapport aux autres, et surtout des médecins en recherche. « L’hôpital académique a toujours soutenu les activités de recherche clinique. Ce sont, comme pour tous les laboratoires de biologie clinique et les centres de génétique, les réductions d’honoraires et l’augmentation du coût du travail qui mettent à mal les finances des hôpitaux », répond la direction de l’hôpital anderlechtois.

Quant aux craintes de pertes d’emploi, aucune ne serait à déplorer. « Tous métiers confondus, 50 personnes sur 280 ne pourraient être reprises dans le cadre de la collaboration, hors départs naturels. A 15 personnes de ces 50, un poste est d’ores et déjà proposé au sein de l’hôpital. Les 35 autres personnes se verront proposer un plan de formation. L’hôpital dispose de deux années pour réaffecter ces différents membres ».

Histoire belge

Le financement belge des hôpitaux, extrêmement complexe à la base et encore opacifié par la dernière réforme institutionnelle, offrirait une anecdote communautaire à cette création du LHUB.

L’activité en microbiologie de l’Iris-Lab constituant un des deux pôles du laboratoire de référence Sida de l’UZ Brussel, elle reçoit des finances en provenance de Flandre.

Tandis qu’Erasme dispose aussi d’un labo de référence, subsidié, lui, par les autorités francophones. La centralisation des labos menacerait donc au moins une des deux sources de financement, les dirigeants politiques n’appréciant guère le cumul une fois que cela ne les concerne plus.

« À ce stade, les discussions n’ont pas encore été engagées sur ce sujet », estimet-on du côté d’Iris-Lab. Alors qu’à Anderlecht, on assure que « ces laboratoires de référence VIH sont liés aux hôpitaux et il en restera ainsi ».

Les joies des partenariats…

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〉 Article paru dans le Journal du Médecin N°2432 du 18 décembre 2015, p.42

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