« Au PTB, notre activisme repose sur du bénévolat »

Cadres et militants du PTB n’œuvrent pas pour la fortune du parti. En adhérant à la formation de gauche radicale, on va au-delà de l’engagement politique, on se destine à un sacerdoce… marxiste. Petit quizz financier avec Raoul Hedebouw*.

Une soirée entre amis. Un curry rouge de poulet. Un vin dominé par le tanin. Le cadre idéal pour un débat électoral… 

« Tous des ventres mous, libéraux, socialistes, humanistes, même combat. Les idées du PTB me parlent mais je connais un membre,  il doit reverser son salaire au parti. Enfin, tout ce qui dépasse 1.200 euros net. Et il ne peut pas être propriétaire », s’offusque ma vis-à-vis.

Je veux bien que leur slogan soit « les gens d’abord, pas le profit » mais un seuil à 1.200 euros, ça me paraît rude. Ce matin j’appelle donc celui qu’on ne présente plus, Raoul Hedebouw, pour quelques éclaircissements.

Il paraît que vos adhérents doivent tous cracher au bassinet. Pour financer vos études, vos campagnes, votre job de porte-parole probablement. Et pas qu’un peu, la tranche salariale supérieure à 1.200 euros. Pouvez-vous me le confirmer?

Pas du tout. Il y a d’abord la cotisation annuelle des membres. Elle s’élève à 20 euros. Il y a parfois des versements plus ou moins grands, de 100 ou 200 euros par mois. Mais ce n’est pas régulier. Notre créativité et notre activisme reposent sur du bénévolat. Notre assise matérielle nous la devons, je le répète, essentiellement aux cotisations. Mais cela reste un petit financement.

(Parenthèse chiffrée: comme le site du parti le précise, tout citoyen âgé d’au moins 16 ans peut devenir membre du PTB pour 20 euros par an, ou 30 s’il est en couple. À partir de 100 euros, il devient membre de soutien. En comparaison, la cotisation annuelle au PS varie entre 12 euros, pour les pensionnés, personnes sans emploi et étudiants, et 24 euros. Tandis que le MR entretient le mystère sur internet. )

Petit, petit, avec des milliers de cotisés, rien que la simple contribution annuelle génère déjà plus de 100.000 euros…

Oui, les rentrées ont augmenté. Nous sommes passés de 2.500 membres à près de 8.000 en 2014. Ces rentrées ne nous paient que 3 à 4 emplois temps plein vous savez. Il y aussi nos 54 élus communaux et provinciaux qui reversent intégralement leurs jetons de présence au parti. Nous préservons ainsi l’unicité entre les militants.

(Quelques jours avant les élections, le PTB rappelait encore que tous ses mandataires reverseraient leurs jetons de présence, le plus grand montant revenant au porte-parole national, à hauteur de 5.400 euros. Le parti des travailleurs ne bénéficie pas de dotation fédérale, là où les familles politiques traditionnelles s’appuient sur des millions d’euros de financements publics. [1L’année précédant le scrutin du 25 mai 2014, le PTB avait ainsi enregistré 921.000 euros de rentrées propres : 116.000 euros en provenance des élus dans les communes, villes et provinces, 655.000 euros en cotisations et 140.000 euros d’autres recettes, à l’instar de celles générées par le journal Solidaire. [2])

Donc, il n’y a pas de règle formelle de redistribution des revenus supérieurs à 1.200 euros pour vos membres.

Non, dites, nous avons décidé de limiter les rémunérations de nos cadres dirigeants. Ils ne gagnent pas exactement 1.200 euros mais environ le salaire moyen d’un ouvrier. Ce serait anormal de voir nos responsables empocher du 4 ou 5.000 euros par mois. On ne veut pas que la politique soit une source d’enrichissement financier. Nos cadres reversent donc une partie de leur salaire mais pas forcément ce qui dépasse 1.200 euros

Quant au fait d’être propriétaire, vos dirigeants sont obligés de vivre en kolkhoze ou…

(rires) Le PTB ne s’oppose pas à la propriété, on est le parti des travailleurs, pas seulement des plus pauvres. La majorité de nos membres sont propriétaires. Mais fatalement, avec un salaire comme le mien, de 1.480 euros par mois, ce n’est pas forcément une norme financière du parti.

(Le gouvernement fédéral de Charles Michel n’a pas le monopole de la « résistance sociale » du PTB. L’exécutif wallon de Paul Magnette a droit à son lot de griefs relatifs notamment, puisqu’on voulait parler ici d’immobilier, au logement: baisse de près de 3.000 logements sociaux en Région wallonne, qui ne satisfait plus dès lors l’objectif global des 10% ; réforme du bonus logement en chèque habitat, ce qui ne faciliterait pas l’accès à l’immobilier comme le prétend le ministre compétent ; l’inaction des décideurs régionaux face à la flambée du prix des habitations, etc. )

Le PTB ne serait donc pas opposé par principe aux gros salaires ?

Un ingénieur qui a bûché et bûche encore pour plus de 2.000 euros net par mois ne nous pose pas de problème. Le problème, ce sont plutôt les 2 à 3% de la population qui vivent de rentes ou de spéculation. Nous nous battons pour la juste augmentation salariale, y compris celle de nos membres. Mais la carrière politique doit poursuivre un but non plus de profit mais démocratique.

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* Réédition du billet « Militant PTB, le sacerdoce marxiste » paru sur le blog Carnets politiques de L’Echo en février 2014

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