« Prétendre à l’altruisme de tous les médecins relève au mieux de l’hypocrisie »

Le pouvoir de la télé. Grâce au service public, depuis hier soir, le panthéon des crapules abrite un nouveau membre. Aux côtés des flics ripoux, des avocats véreux, des politiciens mafieux, évolue désormais le « médecin-requin ». Sorte de charognard marin, obsédé par le lucre, pistant dans les eaux troubles des soins de santé la moindre proie, pour la saigner à blanc…

L’émission Questions à la Une de la RTBF est au journalisme ce qu’est l’homéopathie à l’evidence-based medicine. Un traitement sans principe actif qui, en raison de son seul aspect, produit des effets sur le spectateur. Piéger en caméra cachée un ophtalmo qui surfacture la chirurgie non indiquée d’une cataracte ou une gynéco qui vante illégalement une assurance hospitalière ne revient pas à démontrer la vénalité de toute une profession.

Qui est dupe ? Prétendre à l’incorruptibilité, l’infaillibilité, l’altruisme de tous les médecins relèverait au mieux de l’hypocrisie, au pire de l’ineptie. Trouvez donc un métier, soit-il d’intérêt général, où chaque représentant incarnerait la probité. Il est plus facile d’amasser les contre-exemples. Des affaires de détournements, par l’administrateur d’un organisme pour l’intégration de la personne handicapée, aux poursuites pour abus de biens sociaux, par un défenseur des travailleurs.

Nul besoin pour autant de généraliser et conclure de façon paranoïaque que l’avilissement définit l’homme. En revanche, il conviendrait de ne pas abandonner les foules à leurs superstitions. Et même de ne pas alimenter cette crédulité à grand renfort de reportages, témoignages, montages accablants.

Si le praticien de l’art de guérir a le devoir d’œuvrer au service des personnes, usant raisonnablement des moyens offerts par la société, pour des soins accessibles à tous, on oublie souvent qu’il a aussi le droit de gagner sa vie. Et de bien la gagner. Brandir la rémunération annuelle d’un spécialiste x fois supérieure au salaire moyen d’un travailleur belge sans prendre le temps d’expliquer la complexité du financement hospitalier ou ne fut-ce que l’immense responsabilité du médecin ne sert qu’à récréer le public. Pas à l’avertir, l’éclairer, l’instruire.

Nombre de médecins respirent l’honnêteté. D’autres, plus anecdotiques, ont le souffle court. En particulier dans leurs rapports à l’argent. Que ces déviants du corps médical s’achètent une conduite.

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〉〉〉 Éditorial à paraître dans le Journal du Médecin N°2439 du vendredi 26 février 2016, p.2

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