Industriel de cœur, médecin de souche

Face aux défis thérapeutiques que son entreprise s’apprête à relever, Christian Homsy ne sort pas de son flegme. Ce médecin-patron refuse d’ailleurs l’étiquette « success story » avant que leurs traitements ne soient commercialisés. « Avoir rassemblé les capitaux pour développer nos technologies était déjà un succès, mais la véritable réussite sera la mise sur le marché », relativise-t-il. Un potentiel à la mesure de l’espoir de millions de patients. Portrait.

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Le mythe de l’industrie pharmaceutique. Objet de suspicion, fantasmes et ragots pour nombre de praticiens. Et pourtant, ce monde regorge de protagonistes animés par un même sens de la médecine, de guérison, d’apaisement, de progrès. À l’instar du Dr Christian Homsy, ce cinquantenaire fringuant à la tête de la société de biotechnologie Celyad.

D’origine libanaise, Christian Hosmy a quitté son pays, meurtri par la guerre civile, pour poursuivre ses études de médecine en Belgique. Où il éprouvera rapidement et à ses dépens le surréalisme belge. Diplômé avec grande distinction de l’UCL, l’administration de la Santé lui interdit dans un premier temps de se spécialiser, pour une sombre histoire de reconnaissance. « Grâce à l’aide de professeurs, nous avons alors utilisé un artifice : je suis allé passer une équivalence aux États-Unis devant l’Educational Commission for Foreign Medical Graduates. De retour ici, ce diplôme américain a été considéré comme l’original, et on m’a accordé une équivalence belge », se remémore sans trahir de rancune le Dr Homsy.

Mais l’obtention du sésame n’intervient que tardivement. Christian Homsy a déjà passé trois années d’assistanat. Et pour pouvoir valider sa spécialisation, les autorités attendent de lui qu’il recommence à zéro.

« J’ai viré ma cuti pour le medical device »

L’incorrection du système belge ne le découragera pas mais réorientera de façon décisive le Dr Homsy. Il entreprend une maîtrise en gestion des affaires en Suisse, à l’IMD (International Institute for Management Development), un établissement de renom, trônant fréquemment en haut des classements du Forbes ou du Financial Times .

Il franchira la ligne rouge imaginaire par laquelle le corps médical prétend séparer l’honorable cause de l’opportunisme lucratif : Christian Homsy rejoint la section équipements médicaux de l’imposant groupe Eli Lilly, division qui se désolidarisera pour exister, autonome, sous le nom de Guidant. « J’y ai occupé plusieurs fonctions allant de la recherche clinique jusqu’à la direction générale de la division des pacemakers puis des stents et de l’angioplastie », souligne-t-il. L’aventure industrielle prend forme.

Sans le savoir, le Dr Homsy pose les bases de Cardio3 Biosciences, l’ancêtre de Celyad. Guidant étant principalement actif en cardiologie, le médecin-équipementier fait la connaissance d’à peu près tous les leaders d’opinion dans le domaine. Et plus particulièrement des chercheurs… d’Alost.

Emballement…

Une équipe de cardiologues flamands, emmenée par le Pr William Wijns planche sur une thérapie cellulaire pour remplacer le muscle cardiaque détérioré et ainsi éviter la greffe. Les cellules réparatrices du cœur ne permettant qu’un renouvellement infime en rythme annuel, les chercheurs utilisent des cellules souches qu’ils injectent directement sur la région lésée.

« Depuis, ils sont devenus des amis. L’idée de cellules spécifiquement programmées pour une action ciblée, tout le crédit leur revient complètement. Toutefois, n’ayant pas les compétences de recherche fondamentale, les spécialistes d’Alost s’étaient rapprochés de chercheurs de Harvard, à Boston, qui avaient trouvé une méthode pour reprogrammer les cellules en progénitrices cardiaques », explique Christian Homsy.

Afin de stabiliser davantage cette technologie et lui conférer une carrure industrielle, les rencontres entre scientifiques se multiplient. Avec notamment les chercheurs de la prestigieuse Mayo Clinic de Rochester. Le temps de mettre en place tout ce qui est système qualité, de production, de good manufacturing practices, les premiers essais chez l’homme commencent en 2010. Et, moment crucial, les résultats de la phase III sont déjà attendus pour fin juin de cette année.

« Nous avons élaboré un ‘endpoint’ assez sophistiqué. Nous avons inclus des patients en classe 3, hospitalisés pour insuffisance cardiaque dans les derniers 12 mois, ce qui est l’un des facteurs prédictifs les plus importants pour sélectionner la gravité de la maladie. Nous verrons le verdict. En cardiologie, cette phase est assez binaire, ça réussit ou pas », indique, lucide, le patron de Celyad.

Défenses naturelles

Fort de l’expertise très particulière en culture cellulaire, au fil d’acquisitions de pépites du secteur, Christian Homsy poursuit depuis maintenant un an la diversification de son entreprise dans les traitements du cancer. Car le secteur a pour leitmotiv de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Celyad a emprunté à notre système immunitaire ses armes de défense pour qu’elles combattent plus efficacement les cellules tumorales.

« Nous avons un Car T, une cellule T modifiée, armée avec un récepteur présent sur les cellules NK, le NKG2D. La nature humaine est extrêmement bien faite, lorsqu’une cellule se transforme en cellule cancéreuse, elle exprime à sa surface des signaux d’alerte, parmi lesquels des ligands de NKG2D. Le Car T active alors soit une cytotoxicité directe, soit l’immunité indirecte », détaille le Dr Homsy.

Les équipes de recherche ont testé cette technologie dans des modèles animaux sur du myélome multiple, du lymphome, du cancer des ovaires, du mélanome et du cancer colorectal. À chaque fois, elles ont obtenu les mêmes résultats : tous les animaux traités avec NKG2D ont survécu. Entre 40 et 60 % avec une seule dose, et 100 % avec deux doses.

Le procédé se veut extrêmement enthousiasmant, surtout à l’égard du phénomène d’immunité adaptative. La biotech wallonne aurait donc créé une espèce de vaccination contre le cancer. La phase I est actuellement en cours au Dana Farber Cancer Institute de Boston.

Dilemmes commerciaux

On ose à peine imaginer le potentiel qu’offrent ces technologies face aux besoins médicaux non rencontrés par les thérapies actuelles. La particularité du mode d’action de leurs cellules Car T permet de cibler la majorité des cancers puisqu’à peine 20% des cellules cancéreuses n’émettent pas de ligands. « D’ailleurs, les ligands sont exprimés par des cellules en souffrance, en particulier par des cellules infectées, donc les infections chroniques à l’instar de l’hépatite C, le HIV, etc. Nous voulons devenir, je l’espère, un leader mondial de la thérapie cellulaire », reconnaît le CEO.

Mais ce message de Celyad et l’incroyable promesse qu’il contient se heurtent à une réalité complexe, mêlant progrès médical, réglementation financière et décisions politiques. Les travaux de cette biotech autorisent à nombre d’oncologues mais aussi de patients de nourrir l’espoir d’une santé retrouvée. Tandis que le Dr Homsy ne peut que s’astreindre au principe de prudence. « Je reçois deux fois par semaine au moins des appels de partents parce que leur enfant a été traité, qu’il n’y a plus rien à faire et qu’il est en train de mourir… J’aimerais beaucoup recourir à l’usage compassionnel, mais nous ne pouvons pas. Ne serait-ce que parce que si nous nous faisons du compassionnel trop tôt, nous risquons de tuer un produit qui pourrait sauver des millions de patients par la suite ».

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[ Portrait réalisé dans le cadre de la série Business Doctors ]

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