« Nous sommes autant acteurs de la santé que médecins et hôpitaux »

Médecin de formation, industriel par ses fonctions, Christian Homsy côtoie fréquemment ses homologues praticiens. Des relations globalement constructives, une fois les a priori sur le monde de la pharma évacués, souligne le patron de Celyad.Et pour cause, cette biotech wallonne développe des traitements prometteurs, en oncologie notamment. Entretien.

Au premier abord, suscitez-vous la méfiance de vos confrères cliniciens, qui vous considèrent comme un transfuge appâté par le gain ?

Dr Christian Homsy : certains se comportent de la sorte. Mais la majorité des médecins avec qui nous discutons restent avant tout scientifiques. L’industrie doit assumer sa part de responsabilité dans cette stigmatisation. Parce que les approches qui consistent à explorer une maladie orpheline et demander 1 million d’euros pour traiter un patient, ça stigmatise. Que ce soit justifié ou pas, je ne me prononcerai pas ici.

Je crois qu’en tant qu’acteur de la santé, parce que nous ne sommes pas isolés, nous sommes autant acteurs de la santé que les médecins et les hôpitaux, nous avons notre rôle à jouer pour le bien des patients. Et nous devons trouver l’équilibre qui permette à notre système de santé de traiter ces personnes, tout en assurant un retour normal sur le risque que nos investisseurs ont pris.

Nous devons rester transparents à l’égard des patients et refuser l’arrogance de prétendre que nous avons un traitement efficace là où rien d’autre ne fonctionne pour le survendre. Nous sommes dans le même camp que les médecins. Il suffit de voir le nombre de médecins impliqués dans notre phase III (étude clinique finale de la technique de reprogrammation de cellules en cellules cardiaques progénitrices, ndla). Tout le monde veut une solution, qui fonctionne.

Justement, qu’observez-vous lorsque vous présentez les technologies de Celyad, vos approches spécifiques et les défis thérapeutiques que vous tentez de relever doivent créer de l’engouement ?

Dans le domaine de l’immuno-oncologie, nous observons beaucoup d’engouement parce que ces médecins-là sont confrontés à des maladies encore incurables de nos jours. Nous voyons tous ces spécialistes des grands centres européens et américains qui n’attendent qu’une chose, c’est commencer nos études cliniques. Nous recevons beaucoup de soutien.

Vous le savez comme moi, aujourd’hui, certains cancers ont une rémission très longue. Et tant mieux. Beaucoup de cancers du sein, pris suffisamment tôt, sont en rémission perpétuelle, en quasi guérison. Certains cancers de la prostate, certaines leucémies lymphoblastiques de l’enfant, on les traite très bien. Mais il ne faut pas se voiler la face : le cancer reste la deuxième cause de mortalité dans le monde.

Les médecins mesurent-ils le potentiel qu’offrent ces thérapies cellulaires adaptatives ?

En oncologie, le potentiel est énorme. La particularité du mode d’action de notre produit, où l’on place un récepteur de cellules NK sur un lympocyte T, peut théoriquement cibler la majorité des cancers et des cellules en souffrance. Mais nous devons encore explorer ce champ d’action.

En insuffisance cardiaque, c’est moins le cas, tout simplement parce qu’il n’y a pas beaucoup de choses sur le marché. Les patients sont à peu près traités de façon conservative. Et les cardiologues se montrent plus sceptiques. Je le respecte. Il faut rester humble. Nos résultats de phase II sont exceptionnels mais est-ce qu’ils se démontreront en phase III, je ne sais pas. S’ils le sont, je crois que les médecins ont déjà exprimé leur intérêt, ils sont en attente d’avancées majeures, mais il faut du temps.

Et c’est d’autant plus long compte tenu du cadre légal pour les thérapies innovantes en Belgique ?

C’est toute la problématique de mise sur le marché une fois qu’un produit a passé les étapes réglementaires. Il faut quand même admettre qu’en Europe, l’innovation n’est pas vraiment récompensée. Et il n’est pas toujours facile d’obtenir le remboursement pour les thérapies innovantes, surtout pour celles qui sont onéreuses. Pas forcément onéreuses parce qu’on vise le profit à tout prix mais parce que pour les fabriquer, cela revient très cher, rappelons-le. C’est une première complexité, plus européenne que belge.

Alors en Belgique, je ne sais pour quelle raison, on a voulu transposer les directives européennes de façon extrêmement restrictive. Nous avons à l’heure actuelle une étape supplémentaire qui rend les démarches très compliquées.

Car le législateur belge a rendu les labos et autres biotechs dépendants de certaines structures ?

Précisément. Pour obtenir les tissus, nous devons passer par un intermédiaire, rôle qui pour l’instant est l’apanage de certains centres, universitaires notamment. Cela nous semble excessif. J’ai encore lu un papier récemment à ce sujet, où les médecins hospitaliers veulent défendre leur approche et se présentent comme les seuls garants. Il ne faut pas exagérer.

Oui, il faut s’assurer que l’industrie ne dérive pas, mais je suis médecin avant tout. Des approches universitaires aussi ont été scabreuses. Ils n’ont pas le monopole de l’éthique mais par contre disposent de relais extrêmement forts dans le monde politique. Ces relais, je pense, dichotomisent ou polarisent la situation entre « gardiens de l’éthique » et « méchants de l’industrie ». Je crois que tout est plus subtil.

Vous évoquez les relations avec les décideurs politiques. Vu son pacte d’avenir conclu avec l’industrie pharma, estimez-vous que l’actuelle ministre de la Santé change fondamentalement la donne par rapport à ses prédécesseurs ?

La ministre De Block se veut à l’écoute mais, en gros, les conseillers restent toujours les mêmes. Et ils ont toujours une position bien assise dans le camp académique, arguant à leur tour que l’Académie est la sauvegarde de l’éthique. La ministre s’est montrée ouverte, et cela à plusieurs reprises. Mais les rouages en dessous d’elle restent encore grippés.

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[ Entretien réalisé dans le cadre de la série Business Doctors ]

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