« Près de 2 millions de neurones disparaissent par minute »

Les délais de prise en charge d’une victime d’accident vasculaire cérébral peuvent faire toute la différence. Entre la vie, avec ou sans handicap, et la mort.  Une start-up bruxelloise a alors développé une solution de télémédecine. Entretien avec Bastien Ritzen, CEO et cofondateur de Zebra Academy.

 

Votre solution technologique répond à une demande de terrain, de l’UZ Brussel plus précisément, qui cherchait à intervenir plus tôt dans la prise en charge d’un AVC?

Bastien Ritzen (photo): Voilà. Pour ne pas attendre l’arrivée à l’hôpital du patient pour commencer à enregistrer le patient, diagnostiquer, prendre une décision. Car pour chaque minute qui passe, potentiellement, près de 2 millions de neurones disparaissent. En fait, ils ont réalisé à l’UZ Brussel qu’on pouvait réaliser toute une série d’actions en pré-hospitalier, dans l’ambulance. Ils ont regardé vers l’extérieur, pour voir si une société offrait ce qu’ils cherchaient, ils ont vu que non et cela a alors débouché sur un projet financé par Innoviris. Et 3 à 4 ans de recherche plus tard, cela a donné la solution que nous proposons maintenant sur le marché.

Alors votre système de pré-diagnostic, pour faire simple, c’est d’abord un moniteur attaché dans l’ambulance pour permettre au patient de communiquer pendant le trajet avec un spécialiste hospitalier ?

Oui, en premier lieu, on fixe dans l’ambulance un écran muni d’une caméra, pour que le staff médical n’ait pas à se soucier de la technologie mais bien du patient. Ils ont simplement un bouton à enclencher et après le spécialiste gère le contact en visioconférence. Ensuite donc, on a une plateforme web pour le médecin qui ne doit pas forcément se trouver à l’hôpital. Nous avons déjà eu des spécialistes en AVC qui ont utilisé le système depuis l’étranges, ou en voiture : il a reçu un appel, il s’est rangé sur le côté, a ouvert son PC, et s’est connecté via la 4G.

Le médecin a la possibilité de zoomer, c’est important pour l’examen neurologique, lorsqu’il demande par exemple au patient de regarder d’un côté, puis de l’autre. Il dispose des paramètres vitaux transmis en live depuis l’ambulance. Et il y a toute une partie de support à la décision pour évaluer si on est confronté à un AVC, et si oui, quelle en est la sévérité. Au final, toutes ces infos sont sauvées dans un rapport mis à disposition sur la plateforme. À l’hôpital, l’équipe de soins qui va recevoir le patient accède ainsi à toutes les données et peut alors appeler le radiologue, préparer le scanner, enregistrer le patient. Comme ceci, lorsque le patient arrive, on fonce et tout le monde fait en sorte de démarrer le traitement le plus rapidement possible.

La plateforme est dédiée aux AVC mais on peut envisager de la décliner, admettons pour les victimes d’un infarctus, et couvrir une plus grande population de patients ?

Oui, on peut parfaitement l’adapter pour les cardiologues ou les urgentistes qui en seraient demandeurs. Cela nécessitera un peu de développement, mais c’est tout à fait envisageable. On a une ambulance qui tourne à l’UZ Brussel depuis 1 an et demi. Deux autres hôpitaux vont aussi démarrer l’expérience à Bruxelles. Je suis en discussion avec un conseiller de la Secrétaire d’État au Siamu pour voir si on ne pourrait pas encore rajouter deux ambulances équipées, car avec cinq véhicules bien placés, on pourrait couvrir en théorie 80% du territoire bruxellois.

Zebra Academy ne va probablement pas se limiter aux ambulances belges, l’ambition doit être de s’internationaliser ?

De toute façon, oui. Nous démarchons d’abord le marché le plus proche, ce qui me semble logique. Nous sommes occupés en Flandre et en Wallonie aussi. Notre business development est très actif. Mais évidemment au niveau européen, nous regardons s’il n’y a pas un pays, prenons l’exemple des Pays-Bas, où les assurances sont privatisées. Cela a un intérêt pour nous mais cela exige une démarche différente. Nous nous tournons de toute façon vers l’Europe, on a d’ailleurs le soutien de fonds européens actuellement. Si quelqu’un en France ou en Espagne marque son intérêt, on y va. C’est notre premier proof of concept mais peu importe le pays où l’on est, si on veut adopter un système de télémédecine, notre plateforme et le hardware sont là pour ça.

Autres perspectives justement, au-delà de l’urgence, on peut imaginer votre solution à domicile, pour le suivi médical d’une victime d’AVC ou même pour de la téléconsultation ?

Aujourd’hui, nous ne l’envisageons pas. Mais outre le matériel, cela reste une plateforme web, donc on peut très bien imaginer qu’un patient ait un login pour entrer en contact à distance avec un spécialiste. Il n’y a pas besoin du hardware spécifique mais pour le suivi des patients, cela fait partie des ambitions de l’entreprise. Là aussi, on y travaille. Mais actuellement, ce sur quoi nous sommes le plus occupés c’est la solution pré-hospitalière.

Enfin, le cadre réglementaire ou l’austérité budgétaire ne freinent pas votre développement ?

La manière dont nous approchons la télémédecine, qui n’est pas remboursée, c’est en créant un business model pour les hôpitaux. Nous leur montrons les réductions de coûts engendrées par le fait d’agir plus rapidement, donc d’avoir un meilleur résultat final pour le patient et par là moins de coûts de réhabilitation, de suivi, d’hospitalisation. L’établissement de soins garde son patient mais avec des gains non négligeables. Et d’un point de vue sociétal aussi, cette réduction de coûts amène une qualité de soins supplémentaire.

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〉 Article paru sur le site du magazine Trends-Tendances.

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