Oncofreezing: la fin des discussions stériles ?

Une première en Belgique. Les autorités avaient prévu de rembourser cette année les prestations d’oncofreezing. Mais depuis l’annonce budgétaire en octobre dernier, la mise en pratique semble figée au stade des négociations. « Nous avançons aussi vite que possible », se défend la ministre de la Santé publique. État des lieux.

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Rassurant. Le cabinet De Block n’est pas en froid avec les représentants médicaux quant au financement de l’oncofreezing. Même si les 4 millions d’euros apparaissent au budget 2016 depuis plus de six mois sans suite concrète, les pourparlers se poursuivent « étape par étape ». Pour déterminer notamment les conditions et modalités. Mais le remboursement sera « strictement réservé aux situations médicales où le traitement d’un cancer a une incidence majeure sur la fertilité », a expliqué la ministre fédérale en commission parlementaire.

Pour mémoire, il est question d’une couverture par l’Inami des prestations liées à la cryopréservation de gamètes ou tissus reproducteurs, au niveau des deux sexes, avant un traitement toxique pour la fertilité. Des actes jusqu’ici à charge des patients. « Nous voulions réparer une injustice », a clamé la décideuse Open Vld.

Cette situation inacceptable, les médecins spécialisés la dénoncent depuis une dizaine d’années. « Du côté francophone, cela a longtemps été financé uniquement par le Télévie. Malgré des demandes introduites auprès de l’Inami », se souvient le Pr Anne Delbaere, chef de la clinique de fertilité de l’hôpital Erasme. Reste à savoir pourquoi tout d’un coup, malgré des conditions budgétaires souvent présentées comme défavorables aux nouveaux soutiens, les pouvoirs publics alloueront enfin des ressources. Alors que le projet avait été largement abordé et aurait déjà dû voir le jour sous le précédent gouvernement.

« Priorité indiscutable »

Si elle ne se l’explique pas vraiment, le Pr Christine Wyns, présidente du Collège des médecins de la reproduction, ose croire que l’insistance a payé. « Les décideurs ont pris conscience du problème. Du côté du patient, il s’agit d’une priorité en termes de prise en charge globale et donc de la qualité des soins. D’autre part, nous observons que la fertilité est en régression et ce, principalement en lien avec l’environnement. Ne pas prévenir des stérilités aggravera le vieillissement de la population et inversera encore plus la pyramide des âges, donc pour un gouvernement, il s’agit d’une priorité supplémentaire », remet en contexte le Pr Wyns, chef du service de gynécologieandrologie de Saint-Luc.

Sans compter que notre pays a un retard paradoxal à rattraper. Les chercheurs et médecins belges font figure de pionniers, se distinguant au niveau mondial lors de succès de greffes ou de grossesses suite à ces techniques d’oncofreezing. « C’est une priorité indiscutable dans le cadre d’un Plan cancer. Et toutes les sociétés d’oncologie, européennes ou américaines, ont inscrit ces méthodes dans leurs guidelines », indique le Pr Delbaere. Toutes les avancées scientifiques auraient dû influencer plus clairement notre politique de santé, en levant notamment la barrière financière pour les patients. Mais nos dirigeants n’ont manifestement pas été les premiers à réagir.

« La Belgique devait prendre ses responsabilités. Il suffit de considérer les résultats d’une enquête de l’ESHRE, l’European Society of Human Reproduction and Embryology, à laquelle 27 pays sur 34 interrogés ont répondu. Il ressort que près de 50 % des pays ont déjà un financement public pour couvrir cette préservation de fertilité », note pour sa part Christine Wyns.

« Encourageant mais… »

Pas question de se leurrer toutefois, cette apparition de la médecine reproductive à l’agenda politique se veut de bon augure. Et en d’absence de remboursement, une enveloppe dédiée de 4 millions d’euros se présente comme une aide importante. « C’est très encourageant mais c’est clairement insuffisant. Surtout que cela concerne les hommes et les femmes. Estimez déjà, rien que pour le cancer du sein, environ 500 cas par an chez des femmes de moins de 40 ans », avoue la cheffe de la clinique de fertilité d’Erasme.

Sans se livrer aux extrapolations démographiques, le montant qui sera accordé se montre déjà limité quant aux coûts des ressources humaines ou matérielles nécessaires pour la prise en charge. Ensuite, en termes de santé publique, la population à laquelle s’adresse l’oncofreezing paraît faussement restreinte.

71.536 patients ont été confrontés à un nouveau diagnostic de cancer en 2013, selon les statistiques les plus récentes publiées par la Fondation Registre du Cancer. Parmi lesquels, 342 enfants et 1.248 femmes âgées pas encore quadragénaires. À raison grosso modo de 3.000 euros par cycle de cryopréservation ovocytaire, la manne budgétaire se retrouve déjà vide.

« Sachant que, bien sûr, la préservation de fertilité est proposée à des patients qui sont en âge de reproduction ou avant, pour les patients prépubères. Et que la majorité des cancers surviennent après cet âge-là », nuance le Pr Christine Wyns.

Ce à quoi il convient d’ajouter que tous les patients oncologiques ne sont pas demandeurs, qu’il y a des femmes qui ont déjà leurs enfants. « S’il n’y a pas de demande, il n’y a pas lieu d’insister, il faut rester dans des bonnes pratiques. Mais il faudra voir le suivi réservé à ce budget. Ça s’inscrit dans une perspective de société, d’accès aux soins facilité, d’une tendance à l’augmentation des cancers », développe le Pr Anne Delbaere.

Sous cet angle, l’Inami risque effectivement d’observer un besoin croissant d’utilisation de ce type de techniques au vu de l’augmentation de l’incidence des cancers, mais aussi au vu de l’amélioration des taux de survie, suite à l’amélioration des traitements. « Et il faut savoir que, dans une population pédiatrique, on atteint 80 % de taux de survie. C’est-à-dire une majorité de patients qui seront guéris et pourront utiliser un jour ces gamètes ou ces tissus », fait remarquer la présidente du Collège des médecins de la reproduction.

« Toujours discriminatoire »

Selon toute vraisemblance, le budget de l’oncofreezing est appelé à augmenter. Surtout que les spécialistes s’accordent à encourager davantage ces méthodes. « On a de nombreuses études qui démontrent qu’une stérilité consécutive à un traitement oncologique est un traumatisme psychologique important. Ces patients guéris d’un cancer sont demandeurs d’une solution. Certains considèrent même que leur expérience les a mieux préparés à devenir des parents. Et ces patients privilégient la possibilité d’avoir un enfant qui est génétiquement à eux. Ils n’ont pas envie de se tourner vers un don de gamètes ou une adoption. Le don de gamètes n’intéresse que 10 % d’entre eux », met en perspective le Pr Christine Wyns.

Cela dit, réserver le remboursement aux patients oncologiques peut toujours constituer une forme d’injustice. « Cela devrait au moins être élargi à tous les jeunes patients à risque d’insuffisance gonadique suite à un traitement. Les drépanocytoses, les thalassémies. Des patients ont une préparation en vue d’une greffe de moelle par des agents alkylants très gonadotoxiques », estime le Pr Anne Delbaere.

Outre les maladies immunologiques ou hématologiques justifiant un remboursement de la cryopréservation de la fertilité, une autre catégorie de patients, certes beaucoup plus rares, pourrait tout à fait bénéficier également de l’aide : ceux avec une insuffisance gonadique annoncée suite à une pathologie génétique.

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