« Je défie ceux qui prétendent que je n’ai pas de vision »

Les hôpitaux universitaires recevront 22 millions d’euros* pour leurs infrastructures, selon un projet de décret du ministre-président Demotte. Une avancée homéopathique qui pose malgré tout question : que fait la Région wallonne pendant ce temps-là ? « Nous sommes la première des entités fédérées du pays à arrêter un nouveau mécanisme complet de financement », nous a expliqué mercredi le ministre wallon de la Santé, Maxime Prévot, à la veille de présenter sa réforme en Wallonie.

Entretien

La Fédération Wallonie-Bruxelles vous donne-t-elle le ‘la’ ou propose-telle un os à ronger aux gestionnaires ?

Maxime Prévot (cdH) : du côté de Rudy Demotte et de la Communauté française, ils n’ont rien fait d’extraordinaire. Si ce n’est un recyclage des crédits fédéraux dont ils ont hérité la compétence il y a quelques mois et pour lesquels ils ont dressé un schéma de subventionnement classique.

Pour ce qui concerne le défi de la Wallonie, nous ne sommes pas dans cette démarche classique. Nous avons repensé de A à Z tout un dispositif de financement des infrastructures hospitalières, sachant qu’on a des défis majeurs, ceux notamment de la rationalisation du paysage hospitalier mais aussi celui des balises européennes, les normes SEC. Il convient d’éviter à travers le système mis en œuvre de dégrader les périmètres d’endettement de la Wallonie à chaque fois qu’il y aura une reconstruction hospitalière.

Nous exerçons la compétence depuis seulement 6 mois. Or, nous présentons ce jeudi notre projet. Nous ne sommes donc pas en retard. Au contraire. Nous sommes la première des entités fédérées du pays à arrêter un mécanisme nouveau de financement des infrastructures hospitalières. Au terme d’un an de travail préparatoire dans un dossier éminemment technique. Qui a demandé énormément de concertation.

Depuis six mois, les hôpitaux universitaires évoluent tout de même dans un vide juridique dont l’impact sur leur situation budgétaire, voire d’offre de soins, est potentiellement préjudiciable…

C’est une des raisons pour lesquelles nous ne tardons pas pour présenter un nouveau dispositif, pour que la donne soit claire et que les hôpitaux sachent enfin sur quel pied danser. Mais quand on entend les propos courageusement anonymes de certains responsables d’hôpitaux universitaires, ne nous méprenons pas.

Leur premier souci est d’essayer d’obtenir des financements complémentaires via la Région qu’ils ne parviennent pas à avoir à la Communauté française parce qu’elle est exsangue. Et, deuxième élément, c’est l’agenda caché –enfin, l’est-il vraiment ?– d’une frange plus laïque des hôpitaux qui pousse à une régionalisation des hôpitaux universitaires. Sachant que ce serait tout bénéfice pour le pôle liégeois et Erasme. Au détriment du pôle de Louvain. De l’affaiblissement de la capacité de celui-ci de se déployer, du projet de Saint-Luc sur Bruxelles.

Cette guerre de chapelles est tout-à-fait anachronique.

Pour moi, complètement anachronique. Je trouve d’ailleurs ahurissant qu’il subsiste tant de réflexions et de réactions pilarisées dans un secteur, les soins de santé, pour lequel cela n’a plus aucune pertinence. C’est la raison pour laquelle le futur dispositif va être aussi un dispositif de responsabilisation qui devrait amener à une rationalisation du paysage.

Je m’inscris en faux par rapport à ceux qui prétendent que je n’ai pas de vision. Ce n’est pas parce que je ne souscris pas à la vision opportuniste de gestionnaires universitaires qui souhaiteraient profiter de financements régionaux que cela signifie que je n’ai pas de stratégie relative au développement du monde hospitalier.

C’est comique. Je n’ai eu aucun contact avec le cabinet Demotte par rapport au modèle que lui avait l’intention de déployer.

L’avancée en solo de la Fédération Wallonie-Bruxelles, aussi minimaliste soit-elle, ressemble alors à du « grillage de politesse », purement politicien ?

À tort ou à raison, lors de la réforme de la Sainte-Émilie, les hôpitaux universitaires sont restés au niveau de la Communauté. Est-ce que demain on devrait converger vers des mécanismes de financement qui s’inspirent l’un de l’autre ? Probablement que le monde des hôpitaux universitaires pourrait gagner à bénéficier au niveau de la Communauté française d’une intervention similaire à celle du gouvernement wallon, qui a une assise beaucoup plus large en termes de nombre de structures concernées.

La concertation est toujours possible et évidemment souhaitable mais je ne peux pas simplement accepter qu’on estime que j’accuse un quelconque retard juste parce que cette optique de la régionalisation universitaire n’est pas notre premier choix.

Comment expliquez-vous ce manque de collaboration avec la Fédération Wallonie-Bruxelles. Alors que vos deux niveaux de pouvoir s’accordaient à dire que le Fédéral vous confisque vos budgets, à propos de cet indécrottable litige de la dotation négative ?

Nous n’en sommes dramatiquement nulle part. Et je dis bien dramatiquement parce que cela fait plus d’un an que nous attendons que quelque chose sorte du Comité de concertation. Mais nous ne voyons toujours rien venir. Cela fait un an que nous demandons des chiffres. Au final tout ça est gelé dans une poche un peu à part de contentieux. Nous restons, et ce n’est pas le seul point de vue wallon mais de toutes les entités fédérées, convaincus que le Fédéral se fourvoie à dessein.

Lorsque la loi spéciale de financement a été négociée, il y avait deux volets distincts envisagés, celui pour les charges du passé et celui des développements. Ici, on reste avec une approche fusionnant en une dotation unique qui de surcroît est négative. Ce qui est tout à fait contraire aux prescrits négociés, comme le confirment les avis juridiques.

Après un an d’absence de solution, nous ne pouvons voir derrière cela qu’un entêtement du Fédéral pour pouvoir faire des économies sur le dos des entités fédérées.

Cela nuit aussi à la Flandre alors que l’exécutif fédéral compte beaucoup de partis flamands. N’est-ce pas un procès d’intention ?

Je pense singulièrement que du côté flamand, ils ont davantage de capacités que pour pouvoir faire une croix sur cette dotation au regard de leur situation budgétaire. Cela les émeut peut-être moins que nous. Mais cela reste un élément de contestation important.

Sur quelle « philosophie » reposera votre nouveau modèle ?

Nous mettons en place un mécanisme qui va davantage responsabiliser chacune de ces structures pour ne plus être dans cette course à l’échalote de tout projet pensé qui finalement est financé par le Fédéral sans une vue d’ensemble. Il y a des années de retard pour pouvoir établir quel a été le coût réel, l’amortissement à prévoir de tel ou tel investissement, ce qui n’est pas sans poser de difficultés dans nos négociations avec le Fédéral.

Ce qu’il faut demain c’est encourager davantage de reconversion de lits, une mutualisation de ceux-ci, une réduction dans des situations où les hôpitaux se font face d’un côté et de l’autre de la rue. Ce qui n’est quand même pas très rationnel à l’heure où les deniers publics deviennent plus rares, où les équipements médicaux sont de plus en plus onéreux et que nous avons tous le souci d’offrir des soins de santé de qualité avec des appareillages médicaux de pointe avec une juste répartition sur tout le territoire.

Le financement que vous allez mettre en place ne risque-t-il pas d’accuser un recul, en montants globaux, par rapport à ce que versait le Fédéral ?

Les mécanismes ne seront certes plus les mêmes mais ne seront pas de nature à constituer un recul par rapport à l’ancien régime. Il s’agira d’un modèle plus rigoureux dans le suivi pour ne plus se retrouver avec des années de décalage et d’absence de transparence. Mais ces mécanismes soutiendront le développement hospitalier.

On ne peut, à la veille de la présentation, que vous croire sur paroles.

Je ne doute pas qu’à l’analyse des textes, si ne vous partagez pas notre vision, vous ne manquerez pas de nous le faire savoir (rires) .

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Selon un projet de décret de Rudy Demotte, les subventions accordées par le Fédéral pour l’entretien et l’équipement des hôpitaux universitaires seront transposées aux dépenses des budgets 2016 et 2017, à raison de 11 millions d’euros chaque année pour les CHU Dinant-Godinne, Erasme, Saint-Luc et de Liège.

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Mis en ligne à 11h04

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