Le mur de Trump, un contrat en béton pour… le cimentier mexicain

Toute l’ironie de l’économie. Le 8e cimentier au monde, particulièrement actif sur le marché américain et visiblement bien positionné pour fournir les matériaux du fameux mur de Donald Trump, siège à Monterrey, l’un des plus grands centres industriels du Mexique. Focus.

Cinq jours seulement après sa prise de fonctions, Donald Trump concrétise sa promesse électorale la plus emblématique. Le président américain a signé ce mercredi un décret entamant le projet de construction d’un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Si le S&P 500 Materials Sector, qui comme son nom l’indique reflète le comportement boursier du milieu de la construction, a progressé de moins d’un pour cent mercredi, c’est qu’il a déjà largement anticipé cette nouvelle. L’indice sectoriel a bondi de 11% depuis l’élection du turbulent homme d’affaires, pariant manifestement sur le fait que Trump tiendrait parole.

Au niveau des valeurs d’entreprises, le plus important fournisseur américain de sable et de granulats Vuclan Materials Co. (NY, VMC) a vu son cours gagner plus de 2%. De l’autre côté de l’Atlantique, le titre de l’imposant groupe allemand Heidelberg (Fra., HEI) a décrit sa plus forte hausse en deux mois (+4,30%).

Mais ce projet frontalier, estimé à un minimum de 15 milliards de dollars américains, pourrait surtout profiter à un géant du ciment basé… au Mexique.

Candidat idéal?

Le mur anti-immigration de Trump mais aussi son programme d’investissement de 500 milliards de dollars américains dans les infrastructures viennent en quelque sorte bétonner les perspectives pour Cemex.

Fondée en 1906 au nord du Mexique, le groupe produit, distribue et commercialise des matériaux de construction dans plus de cinquante pays. Dont les États-Unis, où Cemex est d’ailleurs coté. Le cours a pris près de 4% ce mercredi à la Bourse de New York.

Les analystes financiers de Barclays ont épinglé Cemex en qualité de «meilleur choix régional» (top regional pick) et s’attendent apparemment à ce que les interventions de Trump stimulent les volumes d’activité.

Que ce plus grand cimentier du Nouveau continent, un industriel du «mauvais côté» de la frontière, puisse tirer bénéfices du projet de séparation physique montre à quel point les économies américaine et mexicaine s’entrelacent.

«Les États-Unis sont le marché principal de Cemex, ils pesaient un cinquième de ses revenus lors du dernier trimestre», souligne Bloomberg. Ajoutons à cela que le transport des matériaux nécessaires coûterait cher. Le producteur choisi devrait idéalement disposer de sites proches des chantiers.

Improbable?

Les retombées de cette construction pharaonique pourraient à elles seules remettre le groupe mexicain sur les rails une bonne fois pour toutes, alors qu’il avait frôlé la faillite après la récession. Et puisque l’actuel président mexicain ne compte «évidemment» pas payer pour l’érection de ce barrage, c’est l’administration Trump qui pourrait être ameneée à négocier directement un énorme contrat avec Cemex.

Le porte-parole de la société, contacté par Bloomberg, s’est refusé à commenter toute implication.

Concédons que tout cela manque de cohérence à l’heure actuelle, surtout après le discours d’investiture de Donald Trump où il a martelé sa stratégie de priorité absolue aux travailleurs, marchandises et entreprises américaines.

Autre réalité financière diminuant les chances de Cemex de décrocher ce genre contrat: le peso a perdu près de 13% de sa valeur. Or, la dette du groupe mexicain est essentiellement libellée en dollar américain. Le groupe risquerait par exemple de ne pas répondre aux critères de solidité financière requis parfois pour soumettre une offre à ce genre de marché infrastructurel.

Quoiqu’il en soit, l’inattendu 45e président des États-Unis montre qu’il passe rapidement à l’action. Et s’il n’accorde pas la fourniture des matériaux de construction de son mur à Cemex, tout l’argent qu’il prévoit injecter dans les autoroutes, aéroports ou tunnels représente une excellente nouvelle pour le secteur. Chaque intervenant pourrait en profiter, qu’il soit américain ou mexicain.

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Article paru initialement sur lesaffaires.com.

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