Denis Mukwege condamné à mort par l’Onu ?

Le Dr Mukwege avoue ne plus bénéficier de la protection permanente des Casques bleus. Son entourage le regrette aussi, impuissant. On attend manifestement que cet éminent médecin finisse assassiné, comme son proche collaborateur un mois plus tôt. Pour d’obscures raisons. En toute impunité.

Denis Mukwege mène chaque jour un combat sans arme dans une région où règne l’insécurité. Spécialisé dans la chirurgie réparatrice, ce gynécologue de Bukavu redonne vie aux victimes de tortures sexuelles. Une action aussi réputée à l’échelle internationale que les risques qu’elles comportent. Inlassablement menacé, il a déjà échappé à plusieurs tentatives de meurtre. Il bénéficie à cet égard de la protection rapprochée de la Monusco, la mission de l’Onu pour la stabilisation de la République démocratique du Congo.

Pourtant, « j’ai constaté que les Casques bleus qui campaient à l’hôpital avaient plié bagage sans aucune explication », a récemment confié le Dr Mukwege lors d’un entretien avec le journal La Croix.

La Monusco n’assurerait ainsi plus de façon permanente la sécurité à Panzi, l’hôpital dans lequel vit reclus Denis Mukwege, et ce depuis plus d’un an. Un abandon survenu peu de temps après la fin du mandat du représentant spécial des Nations unies, l’Allemand Martin Kobler. Il a été remplacé en octobre 2015 par le Nigérien Maman Sambo Sidikou, un responsable pour le moins décrié.

Des acteurs associatifs congolais jugent l’actuel patron de la mission bien trop proche du régime de Kabila et trop complaisant à l’égard des atrocités perpétrées en RDC.

« Sous son mandat, la Monusco est moins souvent croisée et observe les forces négatives massacrer la population », affirme la plate-forme d’ONG Nouvelle société civile congolaise.

 

Contradictions

Le directeur de la communication de la Monusco s’est empressé de démentir les déclarations du Dr Mukwege en conférence de presse, affirmant que les mesures de protection n’avaient aucunement été modifiées.

Le fil Twitter de la mission de maintien de la paix a d’ailleurs temporairement affiché qu’il n’y avait « pas de menace » visant sur le célèbre gynécologue congolais.

Un tweet incompréhensible à la lueur des derniers événements, qui a en plus été effacé par le gestionnaire du compte…

« Dire que le Dr Mukwege n’est pas menacé est une affirmation terriblement injuste. Son collègue et ami proche, le Dr Gildo Byamungu, a été assassiné il y a quelques semaines. Malheureusement, la protection a bel et bien été levée suite au départ de l’ancien responsable de la Monusco. Cela doit être rectifié dès que possible », a déploré Tony Gambino, le directeur de la Fondation Panzi aux États-Unis.

Le Dr Byamungu suivait les traces de son mentor, malgré les nombreuses menaces de mort et autres incitations à la haine sur les ondes de la radio. Il a perdu la vie dans des circonstances nébuleuses. Interrogée sur les raisons qui auraient poussé à retirer quelques jours plus tôt au médecin sa garde policière, la porte-parole de la police du Sud-Kivu n’a pas souhaité répondre.

mukwege

Sonnette d’alarme

L’opposition parlementaire en Belgique a cherché à éclaircir cette situation difficilement justifiable. La députée démocrate-humaniste Catherine Fonck a même relayé un dysfonctionnement récent du système protection personnelle.

« Alors qu’il devait revenir de l’aéroport, l’escorte qui devait lui être assignée a été purement et simplement annulée 48 heures avant, sans alternative, alors qu’il lui fallait parcourir une distance de 100 kilomètres et traverser une région particulièrement dangereuse. Les faits sont là. Ses proches sont terriblement inquiets », a-t-elle insisté en séance plénière.

Le ministre des Affaires étrangères belge a pourtant reçu de la Monusco des informations contraires. Dont il ne s’est pas satisfait puisqu’il a requis des compléments d’information auprès du Dr Mukwege.

« Il y a peut-être eu des failles, je n’en ai pas encore la confirmation. Nous allons tout faire pour que sa sécurité soit garantie avec les forces locales mais aussi avec la Monusco qui doit jouer son rôle », a déclaré le ministre Didier Reynders au micro de la RTBF.

Mauvaise foi

En déplacement dernièrement à l’hôpital de Bukavu, un médecin français s’est étonné de n’apercevoir aucun militaire de l’Onu patrouiller. « Denis doit se débrouiller seul. Il loge sur place. Sa maison est entourée de barbelés et il a envoyé ses enfants à l’étranger », reconnaît-il au journal La Croix.

Joint ce lundi à Panzi, l’adjoint du Dr Mukwege a confirmé les craintes en expliquant que le personnel soignant devait composer autrement. « Nous payons des agents de sécurité. Je ne comprends pas la mauvaise foi de la Monusco », s’interrogeait-il.

Bien que sensible au danger, la classe politique belge ne disposerait pas d’une grande marge de manœuvre. Le ministre des Affaires étrangères a rappelé l’âpreté des relations diplomatiques avec le pouvoir congolais, sur fond de polémiques électorales.

Il serait inconcevable que des agents belges assurent sur place la protection de Denis Mukwege puisque « les militaires belges ne reçoivent même pas de visa pour protéger leur propre consulat général à Lubumbashi », a épinglé Didier Reynders.

Tout au plus, la représentation permanente de la Belgique auprès de l’Onu a pu plaider la cause du Dr Mukwege ce lundi lors d’un débat ouvert sur la situation des femmes dans les conflits, en réclamant sa protection maximale.

Traitement légal

Impunité, corruption, crimes de guerre… « Le Congo est malade », reconnaît Denis Mukwege, « c’est vrai, mais la guérison doit passer par l’éveil de la conscience nationale». Il refuse de se projeter dans un rôle de guide, de prendre une posture présidentielle car selon lui la guérison ne sera pas le fait d’un individu.

« La solution?  Il faut rétablir l’ordre constitutionnel, il faut aller aux élections le plus vite possible, les accords signés ont promis de les tenir. Nous espérons qu’elles auront lieu avant la fin de l’année », relativise l’homme qui répare les femmes.

Le Dr Mukwege livre un combat contre l’obscurantisme, la culture de l’impunité, l’absence d’un État de droit, et porte un projet de société congolaise émancipée, inspirante, pérenne. Sa protection ne peut pas être affaiblie car le danger, lui, ne faiblira pas.

De rares pétitions citoyennes sont apparues sur internet pour réclamer la protection de la Monusco, dont une destinée à l’Onu postée il y a quatre jours et qui a déjà (ou seulement?) récolté 16.500 signatures.

Reste à savoir si Denis Mukwege doit mourir en martyre pour que nos dirigeants politiques se mobilisent enfin…

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